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bulletproof nothing to lose (++) t i t a n i a
Invité
Lun 26 Juin - 0:20
Anonymous
Titania Mahea Headland
Nom : Headland
Prénom : Titania Mahea
Surnom : Mahe ; Titi.
Date de naissance : 13 juin 1996
Age : 21 ans
Année d'étude : sixième
Nationalité : australienne d'adoption
Origines : tahitiennes
Orientation sexuelle : paumée
Statut : célibataire tourmentée mdr
Groupe : artists alley
Boursier : oh que non
Club : club de sport, bien qu'elle ne soit plus aussi assidue que fut un temps.
Profession : Titania est une étudiante pour commencer ; elle est aussi photographe et commence déjà à se faire un nom comme jeune prodige en la matière. De fait, et parce qu'ayant une scolarité irréprochable (surtout en connaissance de son parcours, ce qui ne la rend que plus respectable encore), elle est chasseuse de tête des artists alley, statut qu'elle prend très à cœur.
Phobie : rien. elle a bien peur de mourir ou de n'être jamais aimée à la limite, mais pas de là à parler de phobie.
Faible devant : ce qui est mignon globalement ; l'art visuel (photographie, peinture, poterie et j'en passe) ; un très bon musicien.
Logement : une chambre au pensionnat
Rêve : n'en a pas réellement. sans doute réussir à se construire mais c'est plus un objectif qu'un rêve, actuellement.
Date d'arrivée en ville : 2012
« I will fight until my last breath »
Taille : un mètre soixante-treize
Poids : soixante neuf kilos
Peau : chocolat au lait
Yeux : chocolat noir ; met des lentilles rouges sombre
Cheveux : brun ; décoloré blancs. Initialement, c'était pour jouer sur le contraste avec sa peau. De plus ils sont coupés en carré long, juste au dessus des épaules.
Maladie : Aucune.
Particularités physiques : Mise à part son apparence générale, pas vraiment. Elle a pleins de cicatrices à la limite, mais on ne les remarque que rarement.
Caractère :
J'ai une façon de voir le monde sans doute archaïque, dépassée, rouillée. Quelque part, je n'ai pas évolué ; restée au stade animal, je suis instinctive plus que réfléchie, je ressens plus que je ne songe. Je ne construis pas, je détruis à la limite ; j'enferme l'infinie dans l'encre et une part de moi y reste imprimée. Je m'enchaîne dans les espérances, dans les images, dans des choses inatteignables ; l'Homme m'est si loin. Je me fais du mal, un peu plus encore, je me blesse et je tombe ; je pisse le sang tu peux pas savoir, je m'ouvre, je m'égorge, je m'enlève les tripes pour que plus rien ne batte encore.
Et puis je me réveille ; je frappe, j'ai mal, je vis.
La beauté n'est réelle que dans la douleur, que dans la passion destructrice, que dans le courage des guerriers ou de ceux qui lâchent prise ; je me sens proche d'eux, ceux qui tiennent tête, mais ceux qui tombent, aussi. Ceux qui pleurent, surtout.
Je ne pleure pas vraiment souvent pourtant. À quand mes derniers sanglots ? Je ne saurai le dire. Cœur de glace alimente mes veines de lave et je m'imagine m'effondrer en moi-même. Je crois que je suis quelqu'un de fort ; caractère de merde mais surtout, putain de battante ; je crois que je suis quelqu'un de faible ; je peux tomber. Ça m'arrive tu sais, ça m'est arrivé tant de fois. Mais ce qui compte c'est de se relever.
Je l'ai vue la faucheuse, de son sourire décharné ; j'ai déjà songé à la suivre, mais l'excitation me prenait, mon regard brûlait, et je l'invitais à danser. Parce qu'à mes yeux, le monde est simple, si simple ; y a ceux qui dansent avec elle, et ceux qui la suivent. Y a ceux qui se laissent couler, les yeux bandés ; ceux qui se déchaînent, ceux qui en rient. Y a les fous et les autres.
J'aime imaginer que je suis de la première catégorie.
J'imagine son souffle sur ma peau tous les matins ; et dans dix ans je serai avec elle. À chaque nouvelle pilule elle soupire à mon oreille, je sens qu'elle m'appelle, qu'elle m'attire, et j'en ris. J'en ris jaune. Je ne suis pas folle ; j'ai juste plus grand chose de vivant dans les tripes.
Il y a les vivants, et les vivants morts ; ceux qui brûlent, et ceux qui sont déjà éteints. Et puis y a moi ; je sais pas vraiment où je me situe, je crois que je suis entre les deux, sur cette mince frontière, à jouer à l'équilibriste. J'attends de tomber – de quel côté ?
J'veux pas crever tu sais. Mais j'aime pas nécessairement la vie non plus. Je m'y accroche plus par instinct, plus par défaut que par réel choix. Peut être que j'ai encore quelque chose à faire, de ce côté-là. Plus tard, plus tard je danserai avec elle. Plus tard, jolie faucheuse.
Pour l'instant oui, je vis. Je ne saisis pas bien ce que cela signifie, juste que cela implique la souffrance, le manque, l'absence. J'ai un trou dans le bide que je remplis d'images, que je remplis de sensations, de jolis clichés. Un trou dans le bide, abyssal et froid, un trou dans le bide qu'il est si bon d'ignorer.
Je suis si forte quand il s'agit de fuite en avant !
J'avance, je jette quelque part mes problèmes, j'avance quoiqu'il arrive. Et je ferme ma gueule, surtout ; putain je la ferme ma grande gueule, ouais ; je polis les mots, je les rends plus doux et colorés, mais putain ça sert à rien. J'suis pas une fille très polie ouais, j'suis une fille un peu crue, un peu trash, qui connaît pas les transitions ni l'euphémisme. Je livre une réalité crue et sans concession ; une réalité qui m'a modelée.
Hey bro', faut sortir ta cuillère d'argent de ta grande gueule de gamin.
Faut regarder, aussi ; regarder la misère, regarder la douleur, la famine, la guerre. Faut regarder dans les rues, dans ces pays civilisés et qui se font si jolis. Ces pays d'hypocrites qui ne regardent jamais en bas, ceux qui balayent dans un coin ses rebut pour polir son image ; j'fais partie des oubliés.
Injustice coule dans mes veines ; je hais par nature, envie l'affection dont je n'ai jamais été abreuvée, méprise l'or dans les mains de ceux pour qui ce n'est que naturel. Je vis de clichés ; d'images et de stéréotypes, de toiles et de mensonges.
Quand j'disais que je suis primitive.
Mais je sais si bien faire semblant. Pourtant, moi-même j'y crois pas ; je me dis que le regard d'autrui ne me conditionne pas. Mais tu sais quoi ? L'indépendance réelle n'existe pas. La société nous formate, qui que nous soyons, même nous petits rebuts, on est ce que l'on fait de nous. L'on ne se fait pas soi-même ; c'est un petit objectif qui conditionne mon existence – au delà de ton regard, de celui de ton frère, de ton ami, de tes prof, du voisin, de la petite vieille qui cherche son chat...
Ce petit objectif est oxygène et protection, monoxyde de carbone et canon contre ma poitrine. Le monde semble si loin derrière mon boîtier, le monde semble si beau, si irréel ; derrière ce petit boîtier, c'est les flammes qui s'allument dans mes veines, c'est la vie qui m'anime, la faucheuse qui m'oublie. Derrière ce boîtier, ce sont les regards, ce sont les sourires, les pleures et les portraits. Derrière ce boîtier, je saisis la substance de l'univers, j'emprisonne la réalité et la condamne à l'éternité.
Derrière ce boîtier, je disparais. Derrière ce boîtier, Titania n'existe pas, Titania ne vit pas. Et seul le monde que je capture n'a d'importance ; et j'étouffe, j'étouffe de ne pas avoir le droit d'être. J'aimerais qu'on m'aime moi.
En fait... j'aimerais qu'on m'aime, tout simplement.
Mais les mots restent dans ma gorge, les hurlements, aussi ; qu'on me regarde, qu'on m'aime, qu'on ne m'oublie pas s'il vous plaît je vous en supplie. Donnez moi le droit d'exister, d'être là à vos côtés ; mais je la ferme ma grande gueule.
Je sais parler, mais jamais de ce qui compte. Je ne sais pas mettre des mots sur ce qui me fait mal. Je ne sais pas trouver la justesse à coller à des lettres, je ne sais pas comment articuler les douleurs et les manques, les solitudes et les sanglots.
Je sais les écrire.
Dans ce petit carnet, ce petit tas de feuilles noircies que je m'interdis de regarder. Quand je me brise, les mots coulent seuls sur les feuilles ; et jamais plus je n'irai les lire. C'est une promesse ; ce serait rouvrir les plaies. Ce serait y foutre un petit peu plus de poison, me tuer plus vite.
Raccourcir l'échéance.
Les jours qui s'écoulent sont un supplice ; j'ai peur de demain. Parce que demain n'existe pas ; seul la seconde dans laquelle nous évoluons n'est réelle. Hier n'est qu'un songe, demain qu'un mensonge. Et l'échéance me terrifie ouais ; ou me mange. Elle me grignote, alors qu'elle n'existe même plus. J'ai cette douleur fantôme ; celle d'un cœur qui aurait pu battre dans ma poitrine mais qui a cessé. J'attends qu'on vienne me réanimer.
C'est ridicule ; les gens sont seuls, tombent seuls, se relèvent seuls, se battent seuls. Chacun a ses chimères, ses combats ; je remporterai les miens seule. Et un jour je serai libre ; libre de mon poison, libre de cette addiction qui me détruit, et libre de moi-même peut être aussi.
En attendant, je vis par procuration ; je hais l'être humain et l'aime tout à la fois, j'aime l'image mais la jalouse, et je ne m'aimerai sans doute jamais. J'suis une espèce d'épave ; je crois que je suis pas capable de m'aimer.
C'est égoïste alors, de rêver de l'être par autrui.
Mais j'me fais pas vraiment d'illusion. Je nage dans le déni ; et quelque part, dans le mensonge. J'ai l'air zen en général, j'ai l'air à l'ouest ; j'ai l'air pleins de choses. Je pourrais dire que sous l'armure de glace boue une explosion en préparation ; mais je ne sais pas vraiment si je brûle ou si je m'éteins. Mais l'appel de flamme est violent.
Je suis une fausse calme ; je sais me battre, alors faut pas chercher. J'ai grandi à la dure tu vois, grandis comme une guerrière – ou un animal sauvage. Oh bien sûr, j'ai appris à me contrôler, mais mon corps porte les traces d'une violence que je peine à contenir.
C'est étrange ; je suis une enragée, une déchaînée, mais me voilà artiste. Cette bannière je la porte fièrement, mais difficilement en même temps. Pourtant c'est vrai ; dans ce monde de cruauté, l'art en est le reflet brute et distordu. Je crois que j'aime l'art sous toutes ces formes pour ça ; sa capacité de nous faire oublier, de nous faire vibrer, de nous mentir. Peut être que je mens dans mes clichés ; peut être que la réalité capturée n'est qu'un songe.
La différence entre le vrai et l'imaginaire est si mince ; fermes les yeux et plus rien n'existe, endors toi et le temps se distord. Ce monde n'est pas vraiment réel, alors moi non plus. Je crois à mes inepties, j'y crois plus que tout, sans doute. Je me noies dans l'imaginaire, dans les images, les sensations ; je suis de ces artistes qui s'y perdent. Et alors mon regard brille quand une lueur s'illumine, quand l'artiste se dessine sous mes yeux. Et alors j'ai envie de chialer.
Peut-être aussi que je suis trop émotive ; mais alors quoi ? Tout ce que je raconte est un mensonge ?
Est-ce que je peux me comprendre, dis-moi ? S'il te plaît, explique moi ; dis moi que je ne suis pas si compliquée, juste primitive, instinctive, bestiale. Dis moi que je suis bête, tu aurais sans doute raison.
Je trime comme une malade pour m'en sortir, pour faire briller de fierté le regard de ceux qui m'ont donné un nom, une place dans cette société – pas dans la réalité. Je donne tout et je m'égare, mais je ne sais pas comment faire autrement. Je lisse mon comportement, lisse mes gestes et mes paroles, jusqu'à gommer ce qui fais de moi un être imparfait mais vrai.
J'assume pas grand chose je crois ; que je suis une gamine pour commencer, que je suis sensible, émotive, fragile ; que j'aime les dessins-animés et les trucs cucul la praline. J'aime les mangas, ouais, j'assume pas non plus ; je suis une otaku qui se planque pour lire ses shojo ou shonen, parfois.
Je crois que c'est surtout ça que les gens voient chez moi. La surface. Parce que l'être moyen, l'être normal ne voit que la surface, les apparences, ne sait pas lire les ombres, les contours, les silences. Il voit une femme forte, silencieuse, secrète et calme, une femme qui travaille et s'applique, mais une femme au rire facile, aussi ; une femme un peu bizarre, de par son trait artistique sans doute. Une femme random sur les bords, une femme normale somme toute. Il ne voit pas celle au cœur brisé, celle qui fuit mais s'attache trop vite, celle au cœur trop exposé.
Il ne voit que le masque, pas la carcasse en dessous.
Comment es-tu arrivé à Fosterhampton : Un chasseur de tête l'a recrutée, tout simplement.
Tes proches, que pensent-ils de ta présence ici : Ils en sont fiers. Et en même temps, ils sont ravis de l'avoir adoptée.
Où as-tu grandis et avec qui : Dans des foyers d'accueil, sans jamais s'attacher, à passer d'un visage vague à un autre, d'une insécurité à une autre. C'est à ses treize ans qu'elle est finalement adoptée par le couple Headland. Depuis, elle a plus passé de temps au pensionnat qu'à leurs côtés.
Tes parents, tu peux nous dire quoi à leur sujet : Qu'ils sont bien gentils de l'avoir adoptée, mais que ce serait cool de l'aimer maintenant. (non elle leur dira jamais ça)
Tu as des frères/sœurs, tu peux nous en parler : Non, elle est fille unique.
Tu as une passion : la photographie. Plus qu'une passion, c'est son oxygène, un réflexe, une habitude, c'est gravé en elle ; elle voit tellement mieux le monde à travers son optique, tout est si loin, si inatteignable et rien ne peut la toucher.
Aimerais-tu quitter cette ville : Elle le fait régulièrement pour son boulot de chasseuse de tête. Mais quand elle y est, non, elle s'y sent plutôt bien.
Comment vois-tu ta vie dans dix ans : Elle n'arrive pas à se projeter ; même les prévisions sur l'année lui sont insupportables. Elle sait pas, ça la terrorise, elle veut pas. Elle n'en sait strictement rien. Morte ?


« 10. »

J'ai les mains en sang, encore ; j'ai un œil au beurre noir, et c'est par miracle que j'ai toutes mes dents. Le souffle brûle ma peau, les sanglots m'écorchent les joues, et ma cage thoracique me fait mal ; sans doute les bleus. J'espère juste n'avoir rien de cassé mais, 'fin, y aurait rien de surprenant. Ne jamais changer les bonnes habitudes comme on dit !
Surtout quand elles vous tuent.
Je traîne les pieds, j'ai le regard fuyant, le visage en sang ; j'ai changé de couleur de façon intégrale. J'entends au loin les reproches, les remarques, les cris. Au loin, si loin ; ils n'existent pas vraiment. Pas dans mon plan de l'existence du moins – celui dans lequel je suis seule. Seule et dégoulinante. C'est très ragoûtant tout ça.
J'ai mal ; je boîte mais j'ai le regard sauvage. J'ai pas besoin d'aide non ; je suis une putain de battante. Une putain de battante de dix ans.
Ma vie est néant, mon existence n'est même pas prouvée. Je n'existe pas en vrai ; je passe de mains en mains, de regard en regard, de visage brouillé en visage brouillé. Je hurle, je tape, je me casse, je me brise et j'éclate. J'suis qu'une gosse putain, une gosse qui joue les grandes, mais une gosse quand même. J'ai peur, peur de demain, peur d'être adulte, peur d'être un poids à jamais. Ouais c'est c'que j'suis ; un poids. Je suis une épine dans le cul de tous ces hypocrites, et je vois bien qu'ils rêvent de se débarrasser de moi à la seconde où leur regard se pose sur moi.
Quoi, je suis censée m'excuser d'avoir été abandonnée par mes parents, c'est ça ?
Je suis censée m'excuser d'être née peut être ?
Connards.
Tous ces gens ne sont que des enflures, que des enfoirés qui n'ont pas plus le droit que moi de fouler cette Terre. Je lis le mépris sur les visages, la désapprobation parfois, et, rarement, la déception. Mais jamais j'y ai vu d'affection. Non, je ne suis qu'un putain de fardeau ; mais tu sais quoi, j'm'excuserai pas. J'ai pas choisi de naître non plus, j'ai pas choisi d'être abandonnée, pas choisi d'être c'que j'suis. Alors non bordel j'vais pas m'excuser.
Je l'ai déjà fait, demander pardon ; mais pas à ces cons. J'ai déjà demandé pardon pour la déception qui brillait dans le regard de ceux qui y croyaient, ceux qui pensaient qu'enfin, ils allaient sauver un mioche de plus. Je leur en veux pas à eux ; pas au système qui a essayé de me ranger dans une petite maison pour que je cesse d'être un animal en fuite. Pas au système qui pense peut-être innocemment aider, pas au système qui pense peut-être cyniquement à se débarrasser des boulets.
J'en sais rien moi.
J'sais pas rester dans une famille, j'en change souvent ; j'aurai bientôt fait le tour de la Nouvelle-Calédonie ! Sans jamais savoir cesser de fuir, sans jamais savoir cesser de taper, sans jamais savoir cesser d'être méprisée. Ça finit toujours comme ça ; parfois même, ça commence comme ça. J'ai 0 chance dans ce monde de pourris, comme pleins d'autres gamins oubliés. J'ai aucune putain de chance mais je m'accroche ; j'suis un animal sauvage qui réagit à l'instinct.
Ouais, une espèce de bestiole qui mord, qui tape, qui a mal mais au pire, j'me rappelle que j'suis vivante au passage. Je m'en branle en fait ; je veux me casser un peu plus.
J'ai dix ans, et j'ai déjà l'impression que le monde ne m'apportera jamais rien.
Que je suis juste dans un cauchemar dont on ne se réveille jamais.


« 11. »


La vérité, c'est que j'ai quelque chose ; des douleurs, des manques, des lettres bancales. La vérité, c'est que je mouille mes joues plus que je ne le laisse paraître, que je fais saigner mon cœur sur le papier, et que je rêve de le brûler – le cœur ou le papier ? La vérité, c'est que l'animal aimerait bien une caresse, un sourire, de la chaleur au creux de son bide. Mais la vérité, c'est que je n'aurai jamais tout ça.
La preuve, j'ai encore été viré de cours, viré d'un nouveau foyer – juste une petite pause pour s'enfuir à nouveau. Mais ce qui fait vraiment mal, c'est que je commençais à y croire, un peu. Ils étaient si gentils avec moi, désinfectaient mes plaies et ne semblaient pas vivre ma présence comme le pire des cadeaux qu'on aurait pu leur faire. J'ai cru qu'ils pourraient m'aimer. Moi, je les aimais déjà.
Mais ils ne veulent plus de moi. J'ai fui, encore. Je devais faire quoi ?
Ils ne veulent pas me croire. Ils ne m'aiment pas. Ils ne m'aimeront jamais.
Personne ne m'aimera jamais.
Je leur ai pourtant juré qu'on me l'avait donné cet appareil photo ; mais quoi, leur « affection » pourrait dépendre d'un petit boîtier ? D'une petite salope ? C'était à moi, quelque chose était enfin à moi, j'allais pas le donner à cette petite connasse ! Elle a tout ce qu'elle veut elle ; jusqu'à l'amour de ses parents. Et voilà que connasse fait un caprice ? Mais va te faire foutre.
J'ai ce petit boîtier dans les mains, un carnet noircie et mon sac pleins de gribouillis, et j'ai le regard vide. J'étais si contente pourtant ; mais ce petit boîtier a cassé quelque chose. J'ai envie de le briser, de le jeter loin, loin, et de gueuler à m'en péter les cordes vocales.
Je le retourne dans mes mains ce petit boîtier ; je le porte à mon visage, je regarde le monde, là, derrière lui. Tout est si beau d'ici, pourtant. Comme sur les photos du mec qui m'a fait cadeau de cet appareil photo ; ces clichés qui m'ont fait vibrer comme jamais, comme si j'étais vivante. J'crois qu'il m'a trouvé marrante, ou quoi. Il avait ce sourire, doux et chaleureux, quand il me regardait. Et la lueur d'un homme seul dans son regard. Seul parmi les clichés, dans ces instants d'éternité figés.
Je suis tombée amoureuse de ce doux mensonge.
Aimé les images, aimé les contrastes, aimé les ombres et les contours.
Je mitraille le monde, là, derrière mon boîtier. Je le frappe, je le casse, je le fige ; je l'emprisonne à jamais et le rend réel. J'aime les images plus que je n'aime ce qu'elles représentent ; j'aime y enfermer la laideur de ce monde pour le rendre plus beau. J'aime ces douces chimères.
Alors même si ce boîtier a cassé quelque chose, je n'arrive pas à le jeter. C'est comme s'il faisait partie de moi désormais, comme s'il n'était que le prolongement de mes bras, de mon esprit, un membre à part entière dont l'amputation fait horriblement mal.
J'aime un peu trop me faire du mal, c'est tellement pas sain.
J'm'en branle.

« 12. »

J'ai pas compris.
Ce n'était qu'un cliché, rien de plus qu'un cliché ; pourtant, un simplement petit cliché peut changer tellement de choses. Un, deux, trois ; quelques clichés pour renverser une existence.
Ils sont arrivés avec les papiers, et comme si c'était normal, on est venu m'annoncer que j'aurais désormais un nom, un foyer, des parents. Que j'irai dans une école, que je changerai de pays, que j'aurai une chambre et un nouveau sac au passage. On m'a même promis un nouvel appareil, on m'a offert des sourires, de l'attention. On m'a regardé comme si j'étais réelle, on m'a parlé comme si j'étais un être humain. On y a mis les formes, les douceurs et les rires ; on y a mis tout ça, tout ça que je ne connais pas.
On m'en a fait, des promesses.
Mais j'y crois plus.
On s'est inquiété pour moi ; on m'a mis dans une piaule aussi grande qu'un salon, on m'a inscrit dans une école réputée, on m'a filé une vie. Comme ça, allez, cadeau. Bisous.
Puis ils ont disparu.
Des fois ce sont des sourires, des questionnements polis ; des conversations riches dans lesquelles je me perds. J'suis pas habituée moi, à côtoyer des bourges ! Et voilà que maintenant ce sont mes parents.
De c'que j'ai compris, ils n'ont jamais été intéressés à l'idée de devenir parents. Madame est une diva – si j'ai bien compris elle chante dans un opéra ? – monsieur un grand peintre. Et si j'ai bien compris, ils ont décidé d'élever une artiste, comme eux, la faire à leur image peut-être. Je me noie dans leurs attentes ; on me bourre le crâne de trop de choses, on en attend trop de moi – je sais pas faire je sais pas gérer je comprends pas.
On m'a dit « sois fière, tu es une Headland désormais », mais je sais même pas ce que cela signifie. J'enchaîne les cours, les séances avec un psy, les séances photo. On m'offre une chambre noire, de nouveaux boîtiers, de nouveaux objectifs ; et on attend à ce que je rende un service équitable ? On n'en attend trop de moi, je ne sais pas – pardon ?
On me dit que la violence ça se soigne, on me polie, on me lisse ; je lutte pour ne plus me casser, pour ne plus me battre, je lutte pour ne plus les décevoir. Mais je sais pas si je saurai faire.
Est-ce que je pourrais devenir quelqu'un d'autre, pour eux ?

« 15. »

J'ai planqué le carnet. Je pensais pouvoir m'en débarrasser, pourtant ; je pensais que bientôt, ça irait mieux. Que je n'avais besoin que d'être adoptée ; mais finalement je me trompais. J'ai fini par le ressortir, y vomir ma haine de moi-même, du monde – comme je le faisais jadis.
Puis j'me suis dit que j'devrai peut être crever.
Je croyais que ça y est, je pourrais me construire, ne plus être qu'un bordel sans nom ; puis j'ai compris que je l'étais toujours, quoiqu'il arrive, que depuis trois ans, tout c'que j'sais faire, c'est lisser le masque, c'est tasser le vrai derrière le mensonge. J'me sens moins bête, moins boulet qu'hier ; mais je suis toujours la même. Je suis toujours une bête sauvage, une bête sauvage qu'on a habillé et demandé de marcher sur ses deux jambes pour la promener au cirque. Je suis une bête de foire pour tous ces petits gosses de riche de merde.
J'ai encore du mal à me dire que je rentre désormais dans la caste des « gosses de riche », pour être honnête. J'ai pas grandi avec une cuillère en argent dans la bouche, j'ai pas grandi avec l'hypocrisie dans les veines et l'art de la fourberie dans le code génétique. J'attaque pas par derrière, j'prends par devant, connards.
Je sais que j'ai déçu. On m'a engueulé, ô oui ; on était déçu, ô oui, déçu, triste et en colère. Ils ont découvert qu'on adopte pas un enfant pour laisser d'autres l'élever ; et je crois que ce retour à la réalité ne leur a guère plus.
Ils vont sans doute me jeter, eux aussi. Est-ce qu'ils peuvent le faire, légalement ? Je connais pas la législation australienne en vigueur. Je connais pas vraiment la législation en général, je suis plus branchée arts en tous genre...
Merci les Headland.
J'regarde mes mains ; difficilement. On m'a jamais aimé, c'est un fait ; on s'est déjà débarrassé de moi, aussi. Mais jusqu'à maintenant, on se contentait de refiler le bébé, on n'essayait pas de me supprimer.
Sérieusement, les gosses de la rue sont moins cruels que ceux qu'on couve sous l'or.
J'ai un rire nerveux, un autre. Ils ne savent pas te parler en face, ne savent pas porter les coups devant, et surtout, n'attaquent jamais seuls. C'est un troupeau, un merveilleux troupeau de merdes dans des tissus de platine. Ils croient que ça cache l'odeur ?
Faut croire qu'ils n'étaient pas habitués à ce qu'on leur tienne tête ; pas habitués à trouver plus résistant qu'eux, plus fort aussi. C'est que des petits cons, et ils ont trouvé un bon jouet ; putain j'ai duré deux ans. Une année à bosser comme une tarée toute seule ; deux années à me faire victimiser par ces imbéciles. Sauf qu'au final, ils se sont montrés plus fort que moi. Plus malins, plus cruels. Ce sont des humains quand je suis l'animal sauvage.
Et alors ils ont voulu jouer ; quand j'allais finalement être renvoyée, ça leur a plus suffit. Et j'ai failli crever.
La douleur est insoutenable, aussi brûlante que la jalousie qui coule dans leur veine. Parce qu'ils ont l'argent, mais rien d'autre ; parce que j'avais rien d'autre que mon talent. Ce truc qui me bouffe, ce truc qui m'a tout donné pour m'essouffler, pour me casser petit à petit. J'ai peur d'appeler à l'aide ; je suis née seule, j'ai grandi seule, je veux me démerder seule.
Sauf que ce sera pas vraiment seule, finalement. Ce sera avec les médicaments.

« 16. »

Les Headland respirent la fierté à plusieurs kilomètres à la ronde. Normal, finalement ; voilà que leur création vient de recevoir une lettre pour le prestigieux établissement Blenheim ! Et pour couronner le tout, c'est en tant qu'artiste que je suis demandée, s'il vous plaît !
Je ne sais pas vraiment si cette nouvelle me ravie ou me donne envie de gerber.
Je suis contente hein, contente d'être acceptée dans un établissement si élitiste ; sauf que j'ai un assez mauvais souvenir des établissements pour riches. Depuis un an, je suis des cours à domicile – et c'est mieux, au vu de mon emploi du temps chargé, entre mon éducation, les concerts, les expositions et j'en passe. Je me dois d'être cultivée dans le domaine artistique, voyez-vous. Quel qu'il soit. Même dans les arts de la table, même si je cuisine absolument pas bien. Mais je sais très bien manger, no souci.
J'aime beaucoup manger.
Là n'est pas la question.
Revenons à nos moutons.
Blenheim.
J'ai l'appréhension qui monte ; mais pas que. J'ai aussi ces sentiments contradictoires qui m'agite, ça remue dans mon bide, et je sais pas comment réagir. D'un côté je suis tellement heureuse, fière d'être reconnue comme une artiste en herbe (même si c'est déjà le cas en fait), d'être choisie pour ce trait (et non mon caractère de merde), que mon travail puisse plaire... mais d'un autre côté, j'en ai marre. Encore une fois, encore une fois, c'est la photographe que l'on regarde, et pas moi. Je ne sais plus comment le vivre à la longue ; j'aime et je hais mon art, celui-là qui me fait vivre mais me tue, celui-là qui me fait exister mais disparaître. Comment suis-je censée le vivre ? Bien, j'imagine ?
J'ai le droit de m'oublier dans mes clichés, mes jeux d'ombre et de lumière, mes cadrages. Le droit de me perdre dans cet instant infini, me perdre dans les mirages.
Je vais essayer de le prendre ainsi.


« 20. »

Putain de bordel de merde j'ai eu la peur de ma vie.
Je crois. J'ai sans doute déjà masse flippé, mais c'était dans un registre différent. Jusqu'à présent c'était pour ma peau, là c'était pour ma scolarité. On rentre dans un nouveau registre. En même temps, voir le (vieux) propriétaire du Palais débarquer et me foncer dessus... enfin. J'ai cru que j'étais grillée et qu'on allait me renvoyer pour être exact.
Grillée.
J'essaie d'être discrète, de prendre mes pilules quand personne n'est dans le coin, mais j'ai déjà eu des crises de manque quand même. J'essaie de m'en dépêtrer mais... mais c'est pas encore gagné. J'ai déjà tenté une cure, les Headland m'ont aidé ; mais ils ont fini par comprendre que je voulais me démerder seule. Je crois que ça les terrifie, et je crois que j'adore ça. J'aime l'idée qu'ils aient peur pour moi, qu'ils tremblent à l'idée qu'ils ne m'arrêtent pas, ne m'empêchent pas de me bousiller. Je suis vraiment malade putain.
Je croyais que l'on avait découvert mon addiction ; puis finalement non. Finalement, c'était une bonne nouvelle. Une putain de bonne nouvelle, je vous prie.
On m'a proposé de devenir chasseuse de tête des Artists Alley.
Chasseuse de tête.
CHASSEUSE DE TÊTE.
J'ai pas tout de suite compris ce qu'il m'arrivait. Je pensais que seuls les boursiers pouvaient le devenir, pour être totalement honnête. Si je m'impliquais énormément dans mon groupe, ce n'était pas dans l'optique de devenir chasseuse de tête. Si je travaillais comme une malade, si je soignais mes résultats, ce n'était pas dans l'optique de devenir chasseuse de tête.
Pourtant, on m'a proposé de le devenir. Sixième année, BIM.
Gagne des responsabilités ma grande.
Au début ça m'a fait tout bizarre ; j'étais aussi surexcitée, emballée, que terrorisée. Ça me rapproche de l'échéance, de la réalité. J'crois que si j'ai fini par dire oui, c'est parce que je ressens ce besoin de reconnaissance – et ce besoin d'être utile, de ne pas être un fardeau, de payer ma dette. Ce statut me donne du boulot en plus, mais j'aime ça, je crois. Je peux rencontrer des gens, et peut-être, à leur contact, me construire enfin. À travers leur regard, leurs arts, leurs âmes qui s'y dessinent, je peux voir tant de choses, et peut-être, peut-être qu'au bout du compte...
Peut-être que je m'y trouverai aussi.
Pseudo : kingyo ; morphée ; candide ; oreo ; j'en passe ; lilas /out
Age : 20 ans, bientôt 21.
Disponibilité : en général vachement variable ; dernièrement très présente
Comment tu nous as connu : ceci est mon. qc. déjà omg/meurt
Des remarques : vu que j'en suis à mon qc JE CROIS QUE VOUS SAVEZ COMBIEN JE VOUS AIME/out
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Lun 26 Juin - 0:21
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HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII
JE T'AIME JE T'AIME JE T'AIME JE T'AIME JE T'AIME
♥♥♥♥♥♥♥

"célibataire tourmentée" j'approuve/dies
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Tim Crawley
Lun 26 Juin - 0:37
Tim Crawley
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Hey you bulletproof nothing to lose (++) t i t a n i a Htle

Je t'ai déjà dit que je kiffe beaucoup.
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love ya. Titaniemo.

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Mon magnifique avatar à été fait par Limas, la signa toute belle là, c'est de Séréré ♥ ♥
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My son is the best:
 
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Aethelwulf G. Churchill
Lun 26 Juin - 0:52
Aethelwulf G. Churchill
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Kit by Morphée, thanks ♥️

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Invité
Lun 26 Juin - 15:31
Anonymous
JE VOUS AIME. WALA. ♥
(c'un truc que je répète souvent je remarque)
JE CORRIGE MA FICHE & APRES C'EST FINI NORMALEMENT /dies
♥♥♥♥♥♥♥
Invité
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Sir Foster
Lun 26 Juin - 23:20
Sir Foster
PNJ
Messages : 584
Joyeuse Validation
Bienvenue sur Le Palais de Blenheim & Félicitations pour ta validation !
Te voici désormais un Woodpecker de 6ème année ! ♥
Tu as maintenant accès à la zone RP ainsi qu'au lieu secret de ton groupe
Tu peux :
• Faire ta fiche de lien
• Poste ton téléphone
• Faire une demande de RP
Recenser ton avatar
• Découvrir ta chambre ainsi que tes colocataires de départ! ♥

Tu peux également tenter de contrer Queen en utilisant le compte de M.O.N.A.R.C.H ! Les identifiants sont disponibles ci-dessous.


Si ce n'est pas déjà fait, n'oublie pas de rejoindre le serveur Discord du forum en suivant ce lien :  https://discord.gg/GBjj3fz

Amuse toi bien parmi nous ♥
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